Efficacité

Deep work pour artistes peintres

Le concept Deep work pour artistes peintres est une approche essentielle pour développer sa créativité et sa technique. Le best-seller de Cal Newport, Deep Work, publié en 2016, est plus que jamais d’actualité dans notre époque de distraction. Plus j’avançais dans le livre et plus son utilité pour les artistes peintres me sautait aux yeux. Bien que dirigés aux universitaires, écrivains-es et dirigeants-es d’entreprises, les enseignements de Deep Work sont tout à fait applicables à l’activité des artistes peintres.

Livre Deep Work de Cal Newport
Image Elin Melaas pour Unsplash

Qu’est-ce que le Deep Work ?

Selon l’auteur, le travail profond, qu’il baptise « Deep work », nous permet d’atteindre l’excellence dans notre domaine. En effet, le Deep Work demande d’aller au fond des choses, d’appliquer une approche exhaustive et scientifique, de vérifier les sources et d’étudier notre sujet à fond. En bref, il s’agit pratiquer sa discipline tel un athlète, afin de gagner en précision, intensité, force, maîtrise, rapidité, etc. Grâce au Deep Work, l’être humain est capable de comprendre des sujets complexes et de trouver des solutions innovantes.

Cal Newport y oppose le travail superficiel. Il explique que les activités superficielles sont parfois nécessaires, mais différentes : appeler un client pour prendre de ses nouvelles, assister à une réunion, répondre aux emails, lire un magazine de tendances sur son secteur, réserver un hôtel, etc. Les tâches superficielles contribuent au projet, mais sont accessoires et n’apportent pas de réelle substance. Certaines sont même franchement inutiles : faire circuler des rumeurs, refaire la même chose plusieurs fois, etc.

La production de connaissances nouvelles, les grandes avancées technologiques, les succès industriels ou commerciaux et les progrès de l’humanité en général sont le fruit d’un travail minutieux et profond (Deep Work).

Cal Newport mentionne une des lois de la productivité pour expliquer la nécessité du Deep Work :

Résultat de grande qualité = (temps passé) x (intensité de la concentration).

En effet, il n’est pas suffisant de consacrer beaucoup d’heures à un sujet pour obtenir de bons résultats. Encore faut-il que ce temps passé soit de bonne qualité, c’est à dire réalisé dans la plus grande concentration.

À l’inverse du travail profond, le multitasking comporte des inconvénients : perte de concentration, temps d’adaptation entre chaque changement de tâche, baisse de qualité dans les tâches suivant l’interruption.

Dans un milieu compétifif, le Deep Work nous fournit un grand bénéfice : en produisant une réelle valeur ajoutée (rare), il nous permet de nous diférencier et de rejoindre l’élite des experts.

Pourquoi les artistes peintres ont besoin de Deep Work ?

Artiste peintre pratiquant le Deep Work
Photo Dillon Wanner pour Unsplash

Chaque artiste doit décider ce que la productivité signifie pour lui.elle : un certain nombre de tableaux peints par an ? Un certain nombre d’expositions ou de résidences réalisées ? Une quantité d’articles obtenus dans la presse ? Un chiffre de ventes ? Des avancées concrètes sur un projet précis ? Un nombre d’élèves formés, ou de stages réalisés ? Bien entendu, ces mesures quantitatives doivent correspondre à un travail de qualité, sinon, elles n’auraient aucun sens.

En matière de qualité, c’est aussi à chaque peintre de décider ce qu’il.elle entend par là. La règle des 3 N peut grandement nous aider en ce sens (Nuance, Nouveauté, Narrative). Dans tous les cas, il s’agit de s’améliorer continuellement, de prendre de plus en plus de plaisir en peinture et de s’approcher le plus possible de l’art que nous souhaitons profondément créer. Il s’agit d’un processus d’amélioration continue, qui nous accompagne pendant toute notre trajectoire artistique.

Cet équilibre entre quantité et qualité s’obtient grâce au temps passé à peindre dans un état d’extrême concentration. Il n’y a pas de mystère ! Les artistes peintres doivent passer des centaines et des milliers d’heures à peindre, avec leur attention tendue au maximum sur l’oeuvre en cours. Même le style minimaliste, simple en apparence, requiert beaucoup de travail et de concentration.

Seul le travail profond permet de réaliser des bonds qualitatifs et de peindre un tableau bien composé, riche en nuances et en émotions.

Produire un art de grande qualité nous permettra de toucher réellement notre public et de nous différencier de la masse d’artistes qui ne dépassent pas le stade amateur. Nous obtiendrons plus d’opportunités d’expositions, de ventes, et de collaborations intéressantes. Enfin, et c’est à mon avis le plus important, nous prendrons plus de plaisir à peindre et à exprimer ce qui nous tient vraiment à coeur !

En tant qu’artistes peintres, nous avons tout à gagner à appliquer le Deep Work à notre travail.

Comment adapter le Deep Work pour les artistes peintres ?

Cal Newport indique qu’il existe plusieurs méthodes pour mettre en place le Deep Work. Il explique les approches monastique, journalistique, rythmique, ou bimodale. Il évoque aussi l’importance des rituels. Le cadre qui me semble le mieux adapté à notre situation d’artistes peintres est le système des “Quatre disciplines d’exécution”.

Discipline nº1: se concentrer sur l’important

Il s’agit tout simplement de se concentrer sur un nombre restreint d’objectifs importants et ne pas s’éparpiller. Dans le cas des artistes peintres, passer un certain nombre d’heures par semaine à peindre dans un état de grande concentration doit absolument être l’un de nos objectifs essentiels. Nous devons mettre la pratique artistique au centre de notre vie. Cela signifie donner la priorité à la peinture (le processus de peindre en lui-même) sur toutes les autres activités qui nous occupent (site web, comptabilité, achats, candidatures, vente, transport d’oeuvres, etc…

Deep work pour artistes peintres
Photo Jonathan Borba pour Unsplash

Discipline nº2 : agir sur les étapes intermédiaires

Plutôt que d’essayer d’atteindre un lointain objectif (“peindre plus”), il est plus efficace d’agir sur les actions concrètes qui permettent d’y arriver. Par exemple, réserver des plages horaires toutes les semaines dans notre agenda pour peindre, fixer une limite de temps quotidienne sur les réseaux sociaux, limiter le travail administratif à une demi-journée par semaine, etc. Ce sont les actions répétées jour après jour qui nous permettront d’avancer dans notre projet artistique.

Discipline nº3 : enregistrer ses progrès

Si l’on ne mesure rien, on reste dans le brouillard et on n’a aucun moyen de savoir si l’on est sur le bon chemin ou pas. Notre intuition sur notre façon d’utiliser notre temps peut largement se tromper ! Il est donc utile d’afficher un calendrier dans notre atelier, où nous écrirons le nombre d’heures de Deep Work réalisées chaque jour. De plus, nous pouvons entourer d’un cercle rouge la date à laquelle nous terminons un tableau (ou autre objectif artistique important). De cette façon, il est possible de calculer combien d’heures de travail profond nous réalisons par mois, et de visualiser combien il nous en faut pour obtenir un résultat tangible.

Discipline nº4: créer un système de responsabilité

Les Anglo-saxons appellent “accountability” le fait de devoir rendre des comptes de nos activités à quelqu’un. Dans le cas d’un.e artiste peintre qui n’a pas de hiérarchie ni de collègues, il peut s’agir soit d’un bilan hebdomadaire à réaliser avec soi-même, soit de rendez-vous réguliers avec un.e ami.e peintre où chacun.e explique ses avancements, en toute bienveillance, bien sûr. Le fait de devoir expliquer à quelqu’un pourquoi nous avons fait (ou pas fait) notre travail nous responsabilise et nous encourage à mieux faire.

À l’intérieur de ce cadre général, il est fondamental de limiter les distractions (téléphone, autres tâches, interruptions, etc) et d’assumer d’être peu joignable ou disponible. En effet, notre art requiert toute notre concentration !

Enfin, de façon surprenante, Cal Newport conseille d’accepter de s’ennuyer ! En effet, les moments où nous ne faisons rien sont des moments pendant lesquels notre cerveau se repose. Et avoir un cerveau bien reposé est vital pour le faire fonctionner à plein régime lorsque nous en avons besoin !

Conclusion

Deep Work n’est pas un n-ième livre de productivité ou de management. Ce livre peut vraiment changer votre façon de peindre ! Nous savons bien qu’en matière d’art, ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. La qualité en art est un ensemble subtil de maîtrise technique, originalité, authenticité, et message qui touche le public. Cet ensemble ne s’obtient qu’en pratiquant notre peinture encore et toujours, de façon intense et profonde. Pour sortir de la répétition et de l’insignifiance, les artistes peintres ont besoin du Deep Work !

N’hésitez pas à laisser un commentaire : connaissiez-vous ce livre et appliquez-vous le Deep Work ?

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