Faut-il payer pour exposer ?
Vous connaissez un.e collègue artiste débutant.e qui expose déjà à Londres ou Berlin ? Il.elle a certainement dû payer pour exposer. Vous avez d’ailleurs probablement déjà reçu une lettre d’une soit-disant galerie vous proposant d’exposer dans ses locaux moyennant finances. On vous envoie une proposition alléchante, en vous félicitant pour votre travail et en vous offrant une exposition individuelle ou collective dans une ville attractive (une capitale, généralement). Devez-vous accepter ? Écartons le suspense tout de suite et affirmons clairement la réponse : NON.
Inconvénients de payer pour exposer
Si vous payez pour exposer, vous devez vous attendre à une longue liste d’inconvénients qui peuvent nuire à votre carrière. Réfléchissez bien avant de sortir votre carte bancaire !
Aucune vente
Bien évidemment, en faisant payer l’accrochage de tableaux sur ses murs, la “galerie” en question a déjà gagné de l’argent avant même l’exposition et n’a donc aucun intérêt à vendre. Donc non seulement vous ne vendez rien, mais en plus vous devez payer pour le transport du retour des oeuvres. Seule une commission sur les ventes vous garantit que la galerie sera motivée pour vendre votre travail, car la vente d’art est son gagne-pain.

Aucun prestige
Vous ne gagnez aucun prestige ou reconnaissance pour avoir exposé dans de tels lieux. Ces entreprises sont appelées “vanity galleries” dans le milieu de l’art, c’est-à-dire que tout ce qu’elles font, c’est satisfaire la vanité d’artistes pressés d’exposer et qui croient aux raccourcis. Elles ne prennent aucun risque. Vous ne gagnez même pas en visibilité, car les véritables acheteurs d’art ne vont pas dans ces endroits.
Aucune curation
Il n’y a aucun choix ni parti pris artistique de la part de ces “vanity galleries”. Elles ne font pas de travail de curation. Les expositions n’y ont pas de thème ni de fil conducteur. Le seul critère pour y exposer étant les moyens financiers des artistes, cela tire la qualité des expositions vers le bas. Il existe beaucoup d’artistes amateurs.trices sans talent qui disposent de moyens conséquents. Ce n’est pas pour autant que leur travail est bon. Vous vous retrouverez aux côtés d’artistes qui ont simplement assez d’argent pour se permettre ce genre de choses. Votre art mérite mieux !

Aucun intérêt pour le CV
Ces “vanity galleries” sont connues dans le milieu de l’art et si l’un de ces noms figure sur votre CV, cela ne vous avancera à rien. Les vraies galeries les repèrent rapidement et ne peuvent plus vous prendre au sérieux.
Dès que vous aurez accepté une fois, vous serez inondé.e de propositions identiques, car les “vanity galleries” sont à l’affut d’artistes qui sont tombés dans le piège au moins une fois. Elle savent que ces artistes sont une cible de choix, susceptibles de recommencer. Vous entrerez donc dans un cycle infernal, et malheureusement, plus aucune galerie sérieuse ne vous approchera jamais. Vous vous fermez donc des portes auprès des vrais professionnels.
Aucune satisfaction
Enfin, à titre personnel, quelle satisfaction pouvez-vous tirer d’avoir payé pour exposer ? Aucune, puisque la « galerie » ne vous a “choisi.e” que pour votre capacité à payer et pas pour votre talent artistique ou l’intérêt de votre démarche. Vous n’obtiendrez aucun feedback, ni de la « galerie », ni du public. Vous exposez, oui, mais à quel prix ? Votre confiance en vous ressort tout simplement minée de ce genre d’expositions et les doutes vous assaillent.
Comment reconnaître une vanity gallery ?
Ces soit-disant galeries n’ont jamais manifesté le moindre intérêt pour vous ou votre travail. Elles ne vous suivent pas sur Instagram, n’ont jamais liké le moindre de vos posts. Elle ne vous connaissent pas et bien évidemment, ne se sont jamais déplacées en personne pour voir votre travail.

Elle vous envoient un DM par Instagram ou via le formulaire de votre site web et leur texte est toujours très vague. Il s’agit d’un copier-coller qu’elles envoient massivement à des dizaines d’artistes. Elles vous parlent généralement en Anglais, ne citent aucun de vos tableaux ou expositions passées et visiblement, n’ont aucune idée de ce que vous faîtes.
Vous vous doutez bien qu’une galerie sérieuse ne travaille pas comme cela. Elle s’informe sur vous, apprécie votre travail, s’y intéresse, vous pose des questions, visite votre atelier, vous demande un portfolio et un CV. Avant de vous proposer quoi que ce soit, elle vous invite à une réunion.
Et sans vouloir vexer personne, il est bien évident qu’une galerie professionnelle cherche des artistes ayant déjà un certain niveau avant de signer un contrat. Elle regarde vos expositions passées, si votre production est régulière et de qualité. Elle valorise le fait que vous ayez effectué quelques ventes, que votre travail soit cohérent, que vous disposiez d’un atelier, etc. Même si les galeries peuvent parfois parier sur un.e artiste peu connu.e, ce sont des entreprises qui doivent atteindre une rentabilité. Elles doivent donc estimer que votre travail est susceptible d’être vendu à leurs clients.
Situations où il est acceptable de payer
Il existe tout de même certains cas où il est normal et acceptable de débourser de l’argent pour exposer.
Location d’une salle
Vous organisez une exposition tout.e seul.e ou à plusieurs et vous trouvez un lieu idéal pour exposer. Si la salle est à louer, pourquoi pas ? Vous payez pour un service. Une exposition de plusieurs jours ou même un bref pop-up peuvent vous donner de la visibilité et vous permettre de rencontrer des collectionneurs.
Assurez-vous cependant que la salle vous convient réellement. Y a-t-il un système d’accrochage pour les oeuvres ? Y a-t-il des toilettes pour le public ? L’accès est-il bon ? Les heures d’ouverture sont-ils suffisants ? La salle est-elle visible depuis la rue ? Les responsables de salle vous aideront-ils à diffuser l’évènement (et comment, exactement) ? Le loyer demandé est-il raisonnable ?
Faîtes votre check-list des points importants et considérez plusieurs salles possibles afin de faire le meilleur choix.

Participation à un marché ou à une foire d’art
Il s’agit d’un événement commercial où vous disposez d’un stand ou espace pour exposer votre travail. Dans ce cas, vous savez que le public qui viendra est réellement intéressé par l’art et disposé à acheter. L’organisation d’un marché ou d’une foire a un coût élevé et il est normal que les artistes paient pour y participer, comme tout exposant dans une foire professionnelle de n’importe quel secteur.
Ici aussi, assurez-vous de poser les bonnes questions. Quel est le prix exact du stand ? Quels éléments de mobilier sont inclus ? Quel est le prix des extras (rallonge, chaise, spot, etc) ? Quelle publicité sera faite ? Aurez-vous des entrées gratuites ? Comment la sécurité nocturne est-elle assurée ? Renseignez-vous sur les éditions passées et parlez avec des artistes qui y ont déjà participé : quelle a été leur expérience ? Assurez-vous que votre style correspond bien à l’événement (inutile d’exposer dans une foire d’antiquités si votre style est du street art).
Conclusion
Les loueurs de cimaises ne sont pas des galeries et ne feront rien pour vous soutenir. N’oubliez pas que leur client, c’est l’artiste, et non pas le collectionneur d’art !
Soyez patient.e et protégez votre carrière ! Être vu.e à Paris, Milan ou New-York ne vous avancera à rien si vous n’êtes pas prêt.e et surtout si vous payez pour cela. Le monde de l’art est petit et tout se sait ! Votre égo en sera peut-être temporairement satisfait, mais pas votre portefeuille et l’expérience vous laissera un goût amer. Non seulement cela ne fera pas avancer votre carrière, mais certaines portes vous seront définitivement fermées. Cela n’en vaut pas la peine !
