Créativité

Douze clés pour peindre et voyager

Les artistes ont la la chance de pouvoir allier deux grands plaisirs de la vie : peindre et voyager. S’imprégner d’un paysage et le retranscrire sur la toile, de façon réaliste ou imaginaire, est une pratique que l’on trouve chez les peintres depuis toujours. De nos jours, les thématiques changent et sont plus modernes (objets du quotidien, piscines, moyens de transport, marchés, portraits de rue, scènes avec une composante politique, etc). Cependant, les peintres cherchent toujours à bouger et à décrire le monde dans leur langage pictural.

Peindre et voyager
Photo Alfred Leung pour Unsplash

Pourquoi peindre et voyager ?

Peindre et voyager offrent d’incalculables avantages pour l’artiste peintre, et cela, sur plusieurs plans.

Au point de vue technique, le déplacement est souvent l’occasion d’apprendre de nouvelles méthodes et d’autres façons de travailler. Voyager nous oblige à regarder autrement et donc peindre autrement.

Du point de vue artistique, les rencontres et les découvertes réalisées au cours du voyage sont une grande source d’inspiration. Fêtes et cérémonies traditionnelles, monuments, paysages, artisanat et art… tout peut être source d’émerveillement et d’enrichissement artistique.

Sur le plan émotionel, les voyages permettent à l’artiste de se décentrer et d’expérimenter de nouvelles sensations. Se voir dans des situations différentes provoque des émotions inhabituelles, toujours intéressantes à exploiter artistiquement. Voyager permet de se fabriquer des souvenirs et enrichir notre « catalogue » d’émotions et expressions. Parfois, séjourner ailleurs que chez soi permet d’atteindre un état de détente qui augmente notre bien-être.

Au niveau mental et intellectuel, sortir de la routine et se sentir dépaysé nous permet de nous challenger et de créer des nouveaux circuits neuronaux dans notre cerveau, ce qui ne peut que favoriser notre créativité. Nous pouvons ainsi expérimenter un vrai renouveau.

Enfin, sur le plan spirituel, sortir de notre atelier et de notre cadre habituel nous permet de faire un pas de côté et d’oublier un peu notre ego. Voir d’autres conditions de vie et d’autres cultures nous oblige à relativiser et à connecter avec nos valeurs profondes. Le voyage nous fournit une bonne occasion pour expérimenter une forme de méditation active, et finalement revenir à nous-mêmes, légèrement transformés.ées et peut-être, appaisés.ées.

Quelques exemples de peintres voyageurs

Au XVIIIeme siècle, de nombreux intellectuels et artistes européens effectuaient ce qu’ils appelaient leur “Grand Tour”, afin de parfaire leur formation. Jean-Louis David ou Jean-Honoré Fragonard ont tous deux longuement séjourné en Italie afin de visiter les sites archéologiques, les musées et les académies d’art.

La petite ville de Pont-Aven, en Bretagne, a accueilli de nombreux peintres à la fin du XIXeme siècle, attirés par sa lumière et son ambiance particulières (Henry Bacon, Émile Bernard, Paul Sérusier, Paul Gauguin, parmi des dizaines d’autres).

Paul Gauguin, en particulier, ne voyage pas qu’en Bretagne. Il séjourne ensuite à Tahiti, terre qui l’influence profondément.

Gauguin, exemple de peindre et voyager
Image Art Institute of Chicago pour Unsplash

Vincent Van Gogh quitte les Pays-Bas pour s’installer en France, notamment à Arles.

Eugène Delacroix passe plusieurs mois au Maroc, où il peint de nombreuses scènes « orientales » très célèbres.

Henri Matisse a voyagé pendant toute sa vie : Londres, la Corse, l’Andalousie, l’Afrique du Nord, les États-Unis, Nice). Qui sait ce qu’aurait été son art sans tous ses voyages ?

Mary Cassat, née aux États-Unis, s’établit à Paris, puis voyage en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Belgique. Sa formation à Paris et ses rencontres, en particulier avec Degas, la font rejoindre le groupe des Impressionnistes.

Londres et l’Andalousie ont fourni à Gustave Doré l’occasion de dessiner de nombreuses estampes sur ces deux endroits.

Aux États-Unis, Georgia O’Keeffe quitte New York pour s’installer au Nouveau-Mexique, terre désertique qui l’influencera profondément.

Plus proche de notre époque, Leonora Carrington, mexicaine, se rend à Londres, Paris, Madrid, avant de revenir au Mexique. Sa peinture surréaliste incorpore des éléments de ses voyages.

David Hockney a effectué de nombreux voyages tout au long de sa vie. Né dans le nord de l’Angleterre, il voyage et peint en France, en Égypte, aux États-Unis, puis de nouveau en France.

Dans une démarche assez peu habituelle, Miquel Barceló, peintre espagnol, vit régulièrement pendant de longues périodes au Mali, pays qui l’inspire énormément, tant dans les couleurs que dans les thèmes de ses peintures.

Comment peindre et voyager ?

Après ce petit détour par l’histoire de l’art, concentrons-nous sur le présent. Aujourd’hui, comment nous organiser pour peindre et voyager ?

Avant de partir en voyage

Avant tout, il me semble important de nous poser la question : pourquoi est-ce que je souhaite voyager ? Prenons soin de ne pas simplement « voyager pour voyager » et de ne pas tomber dans les excès du tourisme (impact sur la destination, empreinte carbone des déplacements). Demandons-nous si la fatigue personnelle et l’éloignement de notre atelier valent vraiment la peine.

Avant de partir, prenons un moment pour définir nos besoins et nos objectifs. S’agit-il de créer et rapporter des oeuvres finies pour une future exposition complète ? Souhaitons-nous explorer des nouveaux thèmes, ou des nouveaux médiums ? Partons-nous pour établir des contacts ? Voulons-nous envoyer des cartes postales peintes à la main à nos proches ?

Selon ce qui nous motive à voyager, nous pourrons préparer correctement le matériel à emporter, en fonction de nos besoins, de la logistique, de nos possibilités, etc. En effet, nous ne trouverons pas toujours de magasins de beaux-arts proposant notre marque préférée de peinture ou de pinceaux, sans parler du papier ou des toiles.

Matériel pour peindre et voyager
Photo Elena Mozhvilo pour Unsplash

Sur place

Une fois arrivé.e.s à destination, ou même pendant le trajet, il est préférable de prendre son temps pour observer ce qui se passe autour de nous avant de nous précipiter à créer. Trouver le bon thème, le bon cadre, la bonne approche artistique… tout cela prend du temps ! Ne pas avoir un agenda trop rempli nous permet de laisser un peu de place à l’imprévu et l’improvisation.

Dans une attitude respectueuse, il est nécessaire de nous faire discrets.es. Notre pratique ne doit pas déranger les populations locales, ni la faune, ni la flore, ni abîmer les bâtiments ou sites archéologiques qui nous inspirent tant. De même, si nous nous lançons dans les portraits, il nous faut obtenir l’autorisation de la personne que nous souhaitons représenter. Dans ce même chapitre concernant le respect, nous éviterons l’appropriation culturelle. Nous laisser inspirer, oui, mais copier, non !

Enfin, je recommande de prendre des notes (dates et lieux), et de documenter tout ce que l’on fait, car de retour à la maison, il sera très difficile de nous souvenir de tous les lieux, les noms, les mets… Surtout dans une langue étrangère !

Douze pistes pour peindre et voyager

1. Carnets de voyage

Le carnet de voyage est l’oeuvre la plus évidente lorsque l’on pense à peindre et voyager. Il est très gratifiant de documenter visuellement son voyage, ses impressions, des instants saisis sur le vif, des souvenirs, etc. Rejoindre un groupe de Urban Sketchers dans une ville différente peut être un bon plan.
L’aquarelle est le medium par excellence pour cette pratique, mais on peut y ajouter du collage (cartes, tickets, etc), des pastels ou de la gouache.

2. Pendant les études aux Beaux-Arts

En tant qu’étudiant.e, on peut profiter de ses études pour effectuer une partie de sa formation à l’étranger, notamment grâce au programme Erasmus… Nombreuses sont les universités européennes qui proposent des échanges pendant le cursus.

3. Visite de musées

Visiter un musée peut être particulièrement inspirant. Ces institutions disposent souvent d’un programme de visites culturelles ou même d’ateliers pratiques, auxquels il est possible de s’inscrire. Nous pouvons peindre sur place, mais aussi après la visite, de retour chez nous ou à l’atelier. Essayer de reproduire une toile de maître est toujours formateur, mais nous pouvons élargir notre regard et nous laisser inspirer par le bâtiment, du mobilier, ou même un groupe de visiteurs.

4. Fresques murales

Les mairies ou certaines administrations sollicitent régulièrement les artistes pour créer de l’art public. Réaliser des fresques murales est un bon moyen de voyager, tout en étant payé.e pour le faire !

À plus petite échelle, et dans le secteur privé, de nombreux commerces ou restaurants font appel aux artistes pour leur décoration ou communication visuelle : ardoises personnalisées, enseignes de magasins, affiches avec des messages ou consignes, vitrines, etc. Si vous avez du talent pour cela, foncez !

5. Résidences artistiques

Prendre un temps pour soi et séjourner dans un lieu différent uniquement pour créer, est une expérience fantastique pour tout.e artistes peintre ! Dans un autre article, je donne des conseils pour bien profiter de sa résidence artistique.

6. Peinture site-specific

De façon similaire aux fresques murales dans l’espace urbain, certaines institutions culturelles lancent parfois des appels d’offre pour de la peinture ou une installation site-specific. Dans ce cas, vous devez bien vous renseigner sur le lieu et respecter le cahier des charges. La manifestation annuelle L’Art dans les Chapelles est un bon exemple de ce genre de manifestation, pour laquelle les artistes doivent s’adapter aux lieux.

7. Land-Art

Créer soi-même ou participer à un projet de Land-Art est un excellent moyen de voyager et d’explorer des pratiques artistiques très différentes.

Installation de Land-Art
Photo Franz Hajak pour Unsplash

8. Échange d’ateliers

De la même façon que certaines personnes échangent leurs maisons pour les vacances, les artistes peintres peuvent se mettre d’accord pour échanger leurs ateliers. Cela permet de disposer d’un espace tout équipé sur place. Bien sûr, les conditions d’échanges doivent être claire et justes (usage du matériel, de l’électricité, etc).

9. Retraites créatives, stages de peinture

Les artistes peintres se forment constamment et peuvent joindre l’utile à l’agréable en participant à un stage de peinture réalisé à l’étranger. Personnellement, je rêve de faire un stage au Maroc ou au Portugal avec Flora Bowley !

10. D’après photos

Il n’est pas toujours possible de peindre « en direct » en voyage. En particulier, si vous voyagez avec des enfants en bas âge, il est peu probable que vous ayez du temps à vous pour peindre. Mais il est toujours possible de le faire « en différé » après le retour à la maison. Dans ce cas, nous pouvons peindre d’après les photographies prises pendant notre séjour ou voyage.

11. Coopération internationale

Pourquoi ne pas réaliser un voyage solidaire, pendant lequel vous montez un atelier pour enfants dans un lieu où les arts n’arrivent pas habituellement ? Si vous en avez l’énergie, les possibilités d’activités créatives à vocation éducative ou sociale sont infinies, avec ou sans support financier.

12. S’installer définitivement ailleurs

Enfin, le voyage peut s’avérer permanent si l’artiste peintre décide de s’installer ailleurs. C’est mon cas, par exemple, puisque je me suis installée en Espagne. En effet, j’étais à la recherche de lumière après avoir passé de nombreuses années à souffrir du ciel gris de Paris (certainement inspirant pour d’autres, mais pas pour moi !).

Conclusion

De nature curieuse, les peintres ont toujours voyagé et continueront à le faire, par tous les moyens. Rencontrer d’autres artistes, faire le plein d’inspiration, témoigner, magnifier… nombreuses sont les raisons qui nous poussent à peindre et voyager en même temps.

C’est à chaque artiste d’être créatif.ve et d’inventer la forme de voyage qui lui convient pour peindre à sa guise, dans une démarche qui fasse sens.

Et vous, avez-vous déjà vécu l’expérience de peindre et voyager ?

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